Échec et apprentissage sur le sentier Northville-Placid

De la fenêtre de mon autobus je vois les Adirondacks défiler devant mes yeux. Je devrais être en train de skier sur un sentier dans les bois en ce moment, pourtant je suis là, assise bien au chaud dans un autobus en direction de Montréal, à réfléchir à mes plans qui ont échoués, mais aussi à toutes les choses que j’ai apprises et à tous les gens intéressants que j’ai rencontrés ces derniers jours.

J’avais pris deux semaines de congé en espérant compléter le sentier Northville Placid, dans les Adirondacks, en hiver, à skis, en tirant un traîneau avec mon équipement. J’ai passé trois jours sur le sentier avant de quitter. Des attaches de peaux d’ascension brisées, des peaux qui ne collent plus à mes skis et qui laissent la neige s’accumuler sur elles ainsi que mon traîneau sont toutes des raisons pour lesquelles j’ai quitté. En résumé ma raison d’abandonner le sentier est le bris de matériel. Sur les trois jours passés sur le sentier, ma vitesse de progression moyenne a été de 0.8 miles par heure, une progression très, très lente.

Ce n’est cependant pas un voyage que je regrette! J’ai appris de mes erreurs, gagné de l’expérience et rencontré plein de gens généreux qui m’ont aidée lors de mon court séjour.

Jour 1 – Grandeur et misère des traîneaux de type pulk

Malgré les courtes deux heures de sommeil que j’avais réussi à avoir sur l’autobus me menant à Saratoga Springs dans le Sud des Adirondacks, j’étais enthousiaste de commencer le sentier le matin du premier jour. La première portion de 3.5 miles est en bordure de route et je progressais facilement. J’ai même pu déposer mon traîneau et le tirer pour une partie du chemin plutôt que de le transporter sur mon dos. J’ai vite rejoint le début du sentier en forêt et j’ai enfilé mes skis et préparé mon traîneau en mode glisse.

Après avoir commencé à skier dans les bois, j’ai vite réalisé que mon choix de tuyaux de pvc flexibles pour tenir mon traîneau derrière moi n’était pas le meilleur choix. Des tuyaux de PVC standards auraient beaucoup mieux fonctionés. Après avoir renversé mon traîneau plus de 30 fois, j’ai aussi réalisé que le simple fait d’avoir un traîneau dans les bois n’était pas non plus une idée géniale. Plus tard dans la journée, il y avait beaucoup d’arbres morts bloquant le sentier et les contourner à skis en traînant un traîneau était éreintant. Cependant, c’est vraiment les ruisseaux qui m’ont fait réaliser mon mauvais choix de matériel: chaque traversée me prenait un temps fou, car je devais enlever mes skis et mon harnais, tout transporter de l’autre côté sans mouiller mes peaux ni le contenu de mon traîneau et ensuite tout réarranger pour être prête à skier à nouveau. Le tout demandait beaucoup de temps, temps qui aurait été mieux utilisé à progresser sur le sentier. J’étais épuisée à la fin de la journée et je me suis endormie dès que ma tente était montée, plutôt découragée. En arrêtant j’ai aussi réalisé que j’avais brisé une de mes attaches de peaux d’ascension et que la peau consommait à accumuler de la neige entre la peau et le ski et à ne plus coller à mon ski. J’ai décidé de m’en occuper le lendemain.

Leçons apprises:

  • Un traîneau n’est pas une bonne idée, du moins pour la portion sud du sentier.
  • Des tuyaux de PVC flexibles ne sont pas une bonne option pour maintenir un traîneau derrière soit, vaut mieux y aller avec quelque chose de rigide.

Jour 2 – Le jour où j’ai traversé une rivière l’hiver – 4.3 miles

Lorsque je me suis réveillée le matin suivant ma motivation et mon énergie étaient de retour. Je savais que j’avais une traversée de cours d’eau qui s’en venait dans un mile mais je croyais que le niveau de l’eau serait assez bas pour me permettre de le traverser sans trop me mouiller. Le fait que le cours d’eau était appelé ruisseau plutôt que rivière me rassurait. Je ne savais vraiment pas ce qui m’attendait.

Le ruisseau était celui-ci:

Il n’y avait aucune façon dont je pouvais traverser sans mouiller mes bottes, ce qui est habituellement à éviter l’hiver. J’ai sorti ma carte du sentier et évalué mes options. J’en avais deux: repartir par où j’étais arrivée et retourner à Northville (en espérant m’y rendre en un jour…) pour ensuite me faire reconduire au prochain endroit où le sentier croise la route ou traverser la rivière et trouver un moyen de faire sécher mon matériel de l’autre côté. Je n’avais vraiment pas envie de refaire la portion de sentier que je venais de compléter. Il ne faisait pas si froid et je savais que de mouiller mes bottes ne me mettrait pas en danger d’engelure si je bougeais vite pour rejoindre la route (qui était à 3 miles) une fois de l’autre côté.

J’ai pris la décision de traverser et de faire face aux conséquences de ma décision. Ce n’était probablement pas la meilleure décision mais ça me paraissait être la meilleure à ce moment. La traversée s’est bien passée et je n’ai pas mouillé mon matériel, sauf mes bottes et le bas de mes pantalons.

Après avoir traversé la rivière, je me suis arrêtée pour essorer l’eau de mes bas et je me suis dépêchée à rembarquer sur mes skis pour me rendre jusqu’à la prochaine route. Ça m’a pris environ trois heures à couvrir cette section de 3 miles. Mes orteils étaient froids mais je les sentais et je me déplaçais rapidement pour ne pas avoir trop froid. Si j’avais cessé de sentir mes orteils j’aurais tout de suite arrêté pour les réchauffer. En skiant dans le stationnement là où le sentier croise la route Benson, j’ai rencontré deux pêcheurs à qui j’ai expliqué mon problème et à qui j’ai demandé la direction la plus rapide pour rejoindre la civilisation en faisant du pouce. Ils m’ont plutôt offert de faire sécher mon matériel dans la tente de pêche de l’un de leurs amis, qui était équipée d’une chaufferette au propane. J’ai été très chanceuse de les rencontrer au bon moment et j’ai passé le reste de la journée à faire sécher mon matériel sur un lac gelé juste à côté du sentier. J’ai aussi tenté de coller mes peaux d’ascension à mes skis avec du duct tape, les attaches de mes deux peaux étaient maintenant brisées.

Leçons apprises:

  • Bien planifier les traversées de cours d’eau en hiver. Des bottines en néoprène auraient été parfaites pour ces conditions.
  • Avoir des pièces de rechange pour absolument tout, incluant les peaux d’ascension. Ma trousse de réparation était plutôt bien garnie, mais je n’avais rien pour mes peaux.

Jour 3: Le jour où j’ai décidé d’abandonner – 6.7 miles + 1.3 miles hors sentier

Encore une fois la journée avait bien commencé. Mes peaux étaient à nouveau collés à mes skis à l’aide de duct tape. Mes bottes étaient sèches à 90%. J’avais 6.4 miles à couvrir avant d’atteindre la prochaine route qui menait à Benson, dernière sortie possible avant une section reculée longue de 21 miles qui me mènerait jusqu’à Piseco. Encore une fois beaucoup de ruisseaux qui me prenaient un temps fou à traverser. À un moment j’essayais de les traverser sans enlever mes skis et mon traîneau, mais j’ai fini par faire tomber mon traîneau dans l’eau. Après un mile le duct tape qui tenait mes peaux sur mes skis s’était déjà arraché et mes peaux se décollaient de plus en plus de mes skis. Lorsque j’enjambais de petits ruisseaux la partie inférieure de mes peaux traînait souvent dans l’eau, et une fois mouillée accumulait la neige. J’ai mis 8 heures à compléter la section de 6.4 miles, et c’est à ce moment que j’ai décidé de quitter le sentier. La combinaison skis-traîneau n’était pas une bonne idée pour le type de terrain et le reste du sentier aurait été encore plus difficile sans des peaux qui collent à mes skis.

Leçons apprises:

– On peut abandonner tant que l’on a appris quelque chose!

Jour 4-5: Journées passées à revenir à Montréal, à réorganiser mon matériel et à changer mes skis et mon traîneau pour une paire de raquettes et un sac à dos.

Après cette tentative ratée je suis retournée chez moi et j’ai changé ma sélection de matériel. Je savais que je n’avais plus le temps nécessaire pour compléter tout le sentier et que de retourner là où j’avais abandonné serait compliqué et coûteux. De plus, j’avais moins envie de partir longtemps maintenant que j’étais de retour auprès de ma famille, que je n’avais pas vue depuis trois semaines. Je voulais tout de même me réessayer pour une courte randonnée et j’ai préparé mon matériel pour une randonnée d’une nuit.

Jour 6-7: Les jours où j’ai fait la paix avec le sentier – 16 miles sur deux jours

J’ai conduit à Lake Placid le matin du jour 6 et j’ai commencé à marcher sur le sentier vers le Sud à cet endroit jusqu’au lean-to de Moose Pond. C’était une courte randonnée d’une nuit mais j’ai été capable de tester mon matériel en prévision de mon prochain essai. Avec les raquettes et le sac à dos, mon progrès était beaucoup plus rapide qu’en skis, c’est définitivement le système que je vais utiliser lors de ma prochaine tentative. Il faisait aussi plus froid mais mon équipement était suffisant pour me garder au chaud. Je planifie tenter de compléter ce sentier à nouveau à l’hiver 2018.

En résumé, cette semaine sur le sentier a été une expérience très enrichissante. J’ai eu l’aide de beaucoup de gens merveilleux en chemin et j’aimerais tous les remercier pour leur générosité: Todd, Jay, Derik, Scott, Corey, Chris, Eliza, Alex, Torry, Nathalia.

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